Salut à tous,Depuis la dernière fois, le voyage se passe un peu plus tranquillement. Nous avons bien progressé et nous sommes actuellement pratiquement aux portes de l'Océan Atlantique. La météo a été plus clémente et même un peu trop. La plupart de nos étapes depuis Alicante se sont faites au moteur car le vent était insuffisant pour nous faire avancer.
Aujourd'hui, le voyage a un petit goût de déjà vu. En effet, vendredi dernier, alors que nous quittions Garucha pour Almeria, j'ai fait une découverte dont je me serais et je pense que je ne suis pas le seul, volontiers passé. Un des haubans (câble qui tient le mât) était sur le point de casser. Cette étape s'est donc faite elle aussi au moteur pour éviter de tirer trop sur celui-ci et risquer de perdre le mât. Ensuite à Almeria, il a été impossible de trouver les pièces pour réparer, ce qui nous a fait perdre deux jours. Finalement hier, nous nous sommes rendus à Almerimar, toujours au moteur (vive la péniche), et avons pu réparer la chose au prix d´une petite séance d'alpinisme de ma part.
Aujourd'hui, nous avons essayé de quitter Almerimar et c'est le moteur qui cette fois nous a fait défaut. C'est, je vous rassure, beaucoup moins grave que la dernière fois, mais nous sommes encore immobilisés jusqu'à demain soir au plus tôt. Ah! les joies de la mécanique. Voilà, pour les nouvelles un peu casse-pied. Sinon, les côtes que nous longeons sont à présent beaucoup plus jolies, la pêche est excellente et nous nous gavons de bonites et de dorades coryphènes. J'ai vu mon premier poisson volant. C'est très étrange, car au début, je l'ai pris pour une hirondelle qui faisait du rase-motte au-dessus de l'eau. Puis sa couleur argentée m'a interloqué et le fait qu'il finisse sa route dans la mer, où il a disparu, m'a ôté mes doutes.
La mer est toujours aussi pleine de surprises et de splendeurs. Je fais notamment allusion à notre arrivée sur Almeria, où nous pouvions admirer, de nuit, un orage au loin qui éclairait à chaque éclair un énorme nuage. J'ai fait quelques images, j'espère que cela va rendre. Il y a aussi le spectacle de la mer sous un déluge durant un orage que nous avons traversé. Elle se transforme alors en un désert vaporeux, où les dunes sont mouvantes, et passe par toutes les nuances de gris.
Un dernier point et qui n'est pas des moindres. Ce matin, j'ai eu une discussion avec le capitaine sur un souci que je traînais depuis quelques temps.
Je m'explique:
Lorsque nous nous sommes rencontrés, nous avions fait un deal. Nous devions traverser l'Atlantique avec son bateau et ensuite faire le retour ensemble jusqu'à Fréjus. Je m'étais engagé à ne pas le lâcher en cours de route, car dans ce deal, j'étais assuré de pouvoir traverser l'océan et finir mon film.
Au mois de juillet, il m'apprenait que son bateau ne pouvait pas traverser et qu'il ne pouvait aller que jusqu'aux Canaries, je lui avais donc dis alors que notre deal se ferait que jusqu'aux Canaries.
Il n'avait pas du tout compris cela, je m'en suis rendu compte au fur-et-à-mesure du voyage et pensait que je l'aiderai pour ramener le bateau des Canaries en février (chose qui en plus se trouve être pratiquement mission impossible de part les conditions météo à cette période).
Ce deal me semblait alors pas du tout fonctionner car pour le moment je paie tout (bouffe, port, gaz, gazole) et lui se contente d'entretenir le bateau mais il n'a fait aucune dépense concernant l'aménagement du bateau pour le voyage (ex : autonomie électrique : 24 h), cela me rajoute des frais pour retourner aux Canaries (avion) et me fait perdre 1 mois et demi sur mon voyage. Durant la période où je ne suis pas sur son bateau, il faut bien que je me loge et que je me nourrisse sans que lui ne m'apporte quoi que ce soit. Enfin bref, je me sentais perdant sur toute la ligne. Par contre, je ne voulais absolument pas le foutre dans la merde.
Ce matin, je lui ai donc exposé le problème pour que nous essayons de trouver ensemble une solution. Et là, surprise... Alors que je m'attendais à une négociation des plus musclées, il me propose spontanément de se débrouiller pour ramener le bateau des Canaries et me déclare libre lorsque nous serons arrivés là-bas. Il admet que les conditions météo ne sont pas favorables à cette époque et qu'il serait dangereux de se lancer dans une course contre la montre à ce moment là. Je n'en espérais pas tant, d'autant que tout s'est passé avec le sourire. Autant dire que l'ambiance dans le bateau est revenue au beau fixe et que je me sens aujourd'hui libéré d'un poids énorme.
A moi l'Amérique et la Liberté (en ce moment, je siffle comme Tom Sawyer).
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