mardi 30 octobre 2007

L'aventure continue...

Salut à tous,

Depuis la dernière fois, le voyage se passe un peu plus tranquillement. Nous avons bien progressé et nous sommes actuellement pratiquement aux portes de l'Océan Atlantique. La météo a été plus clémente et même un peu trop. La plupart de nos étapes depuis Alicante se sont faites au moteur car le vent était insuffisant pour nous faire avancer.

Aujourd'hui, le voyage a un petit goût de déjà vu. En effet, vendredi dernier, alors que nous quittions Garucha pour Almeria, j'ai fait une découverte dont je me serais et je pense que je ne suis pas le seul, volontiers passé. Un des haubans (câble qui tient le mât) était sur le point de casser. Cette étape s'est donc faite elle aussi au moteur pour éviter de tirer trop sur celui-ci et risquer de perdre le mât. Ensuite à Almeria, il a été impossible de trouver les pièces pour réparer, ce qui nous a fait perdre deux jours. Finalement hier, nous nous sommes rendus à Almerimar, toujours au moteur (vive la péniche), et avons pu réparer la chose au prix d´une petite séance d'alpinisme de ma part.

Aujourd'hui, nous avons essayé de quitter Almerimar et c'est le moteur qui cette fois nous a fait défaut. C'est, je vous rassure, beaucoup moins grave que la dernière fois, mais nous sommes encore immobilisés jusqu'à demain soir au plus tôt. Ah! les joies de la mécanique. Voilà, pour les nouvelles un peu casse-pied. Sinon, les côtes que nous longeons sont à présent beaucoup plus jolies, la pêche est excellente et nous nous gavons de bonites et de dorades coryphènes. J'ai vu mon premier poisson volant. C'est très étrange, car au début, je l'ai pris pour une hirondelle qui faisait du rase-motte au-dessus de l'eau. Puis sa couleur argentée m'a interloqué et le fait qu'il finisse sa route dans la mer, où il a disparu, m'a ôté mes doutes.

La mer est toujours aussi pleine de surprises et de splendeurs. Je fais notamment allusion à notre arrivée sur Almeria, où nous pouvions admirer, de nuit, un orage au loin qui éclairait à chaque éclair un énorme nuage. J'ai fait quelques images, j'espère que cela va rendre. Il y a aussi le spectacle de la mer sous un déluge durant un orage que nous avons traversé. Elle se transforme alors en un désert vaporeux, où les dunes sont mouvantes, et passe par toutes les nuances de gris.

Un dernier point et qui n'est pas des moindres. Ce matin, j'ai eu une discussion avec le capitaine sur un souci que je traînais depuis quelques temps.

Je m'explique:
Lorsque nous nous sommes rencontrés, nous avions fait un deal. Nous devions traverser l'Atlantique avec son bateau et ensuite faire le retour ensemble jusqu'à Fréjus. Je m'étais engagé à ne pas le lâcher en cours de route, car dans ce deal, j'étais assuré de pouvoir traverser l'océan et finir mon film.
Au mois de juillet, il m'apprenait que son bateau ne pouvait pas traverser et qu'il ne pouvait aller que jusqu'aux Canaries, je lui avais donc dis alors que notre deal se ferait que jusqu'aux Canaries.

Il n'avait pas du tout compris cela, je m'en suis rendu compte au fur-et-à-mesure du voyage et pensait que je l'aiderai pour ramener le bateau des Canaries en février (chose qui en plus se trouve être pratiquement mission impossible de part les conditions météo à cette période).

Ce deal me semblait alors pas du tout fonctionner car pour le moment je paie tout (bouffe, port, gaz, gazole) et lui se contente d'entretenir le bateau mais il n'a fait aucune dépense concernant l'aménagement du bateau pour le voyage (ex : autonomie électrique : 24 h), cela me rajoute des frais pour retourner aux Canaries (avion) et me fait perdre 1 mois et demi sur mon voyage. Durant la période où je ne suis pas sur son bateau, il faut bien que je me loge et que je me nourrisse sans que lui ne m'apporte quoi que ce soit. Enfin bref, je me sentais perdant sur toute la ligne. Par contre, je ne voulais absolument pas le foutre dans la merde.

Ce matin, je lui ai donc exposé le problème pour que nous essayons de trouver ensemble une solution. Et là, surprise... Alors que je m'attendais à une négociation des plus musclées, il me propose spontanément de se débrouiller pour ramener le bateau des Canaries et me déclare libre lorsque nous serons arrivés là-bas. Il admet que les conditions météo ne sont pas favorables à cette époque et qu'il serait dangereux de se lancer dans une course contre la montre à ce moment là. Je n'en espérais pas tant, d'autant que tout s'est passé avec le sourire. Autant dire que l'ambiance dans le bateau est revenue au beau fixe et que je me sens aujourd'hui libéré d'un poids énorme.

A moi l'Amérique et la Liberté (en ce moment, je siffle comme Tom Sawyer).


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dimanche 21 octobre 2007

Quatre jours de kung fu: Combat et sérénité.

Salut à tous,

Je viens de vivre quatre jours intense sur tous les plans. Tout a commencé jeudi lorsque nous avons quitté Castellone. Encore une fois la météo nous a interdit de nous rendre aux Baléares et à présent il n'en est même plus question.

Donc nous avons quitté le port au petit matin météo en poche annonçant une journée tranquille au portant. Dès les premiers pas hors du port nous tombons face à une mer forte (des creux de deux mètres) et un vent bien établit, environ 20 nœuds. Tant pis on a déjà perdu assez de temps comme cela, on y va on se lance d'autant que la météo annonce que le vent doit mollir et qu'il devrait faire beau. Eh bien que dalle, ça a été de pire en pire, le vent a continué de grimper et la pluie est venue embellir le tableau. Nous décidons alors, au bout de deux heures à se faire secouer dans tous les sens, de trouver un abri. Et là c'est la blague. Pas un port accessible dans ces conditions. On refait le tour des côtes sur la carte et le seul port qui pourrait faire l'affaire est un port à 15 miles de là. C'est parti on y va.

On navigue heureusement au portant pendant encore deux trois heures et plus on approche plus la mer grossit et plus on se rend compte que les déferlantes interdisent l'accès au port. J'appelle à la VHF et ils confirment, on ne rentrera jamais. A 5 miles il y a un port de commerce sur lequel on décide de se rabattre et on verra bien où on pourra se caler.

L'arrivée au port est dantesque, le ressac lève une mer où les creux peuvent atteindre 6 mètres (sérieux je n'exagère pas, le capitaine lui parle de 10 mètres. lui il exagère). A la barre je me fais une séance de muscu accélérée que je paierai pendant deux jours (aie mes trapèzes).

A l´intérieur de ce port (Sagunto) on trouve une oasis. Un véritable ponton pour accoster avec eau et électricité. C'est le ponton privé d'un chantier naval de luxe. Ils construisent des bateaux de 40 mètres et surtout nous ont reçu comme des rois sans nous demander quoi que ce soit. Grande classe. Nous restons donc chez nos hôtes jusqu'au lendemain matin le temps que le vent et surtout la mer se calme.

Le lendemain nous partons vers neuf heures pour une navigation qui a été idyllique. Le matin petit vent au portant sur une mer peu agitée que nous avons exploité au max avec le spi (grande voile multicolore et en forme de bulle qui transforme un pet de mouche en petite brise bien agréable). L'après midi le vent tourne et forcit un peu ce qui nous permet de faire du 5 nœuds au travers.

La pêche s´avère être prolifique avec une bonite l´après midi et une daurade coryphène à la tombée du jour. C´était ma première daurade et je l'ai payé fort chère. Lorsque je l'ai sortie de l'eau la bête était tellement en forme qu'elle gigotait dans tous les sens et du coup je me suis enfoncer l´hameçon dans le doigt. L'avantage de ces objets est qu'ils sont fait pour entrer mais pas pour ressortir chose que j'ai comprise en m'y reprenant à plusieurs fois pour l'extraire de mon doigt. J'ai pu ainsi avoir une compassion pour ma daurade. Mais bon, les hommes mangent les daurades et pas le contraire. Sorry.

Le soir nous dégustons donc la bonite et nous préparons pour faire une navigation de nuit. J'adore l'ambiance qu'il peut y avoir la nuit. Tout devient différent. Nos sens s'aiguisent et surtout il se crée une sérénité que je recherche particulièrement. Peu à peu mes équipiers disparaissent pour se coucher et en même temps mon bonheur croît. Entre minuit et trois heures du matin j'ai vécu des moments de pur bonheur. Ceux où on ressent dans le même temps que l'on est rien et que l'on est tout. Cela s'appelle l'harmonie. Pour vous faire partager quelques images, fermez les yeux (après avoir lu ce texte) et imaginez vous sur une mer noir profond, le seul son qui vous parviens est celui de l'eau qui glisse sur la coque du bateau au même rythme que les vagues qui vous dépassent et vous bercent. Comme cap trois étoiles coincées entre deux haubans pour pouvoir garder un
œil dans l'univers qui me fait ce soir là un festival d'étoiles filantes. Durant trois heures j'ai gardé un sourire de gamin de trois ans. Spéciale dédicace au pilote automatique qui n'avait plus d'énergie et qui m'a permis d'être en totale harmonie avec le bateau. Ensuite j'ai été me coucher pour faire des rêves aussi intenses. Mais ça, c'est une autre histoire.

Le lendemain je me fais réveiller à 6h30 par le moteur car il n'y a plus de vent et nous traçons vers la côte pour trouver un mouillage forain. Nous arrivons dans une baie aux allures de Manhattan. Des grattes ciels énormes sur deux kilomètres. Tant pis cela fera l'affaire pour se reposer. 2h sommeil et réveil au bord de cette usine à touriste. C'est pétole on en profite pour se baigner, se laver, faire des courses que l'on ramène à la rame jusqu'au bateau. Tous nos achats seront un peu salés mais bon c'est bien drôle quand même.

Le soir un petit vent se lève et nous décidons de reprendre la route vers 7h. Nouvelle nav de nuit mais je pars me coucher vers onze heures car contrairement aux autres je n'avais dormi que 4h. Ce matin je me réveille vers 4h et me rend compte que nous sommes au mouillage. Je vois le ciel un peu noir au loin mais bon je ne m'inquiète pas plus que cela surtout que le capitaine dort dehors. Je retourne me coucher.

Trois quart d'heures plus tard je me fais réveiller par le capitaine qui s'affaire à je ne sais quoi. Le bateau remue beaucoup et le vent siffle dans le mât. Je me lève et vois le capitaine rajouter une deuxième ancre. Nous sommes entrain de déraper vers la plage
(l'ancre ne croche pas au fond à cause du vent et de la mer) et un orage se dirige droit sur nous. Par réflexe j'allume les instruments car je trouve que nous sommes bien près de la plage et là c'est la panique: le sondeur indique 0.6 mètres d'eau sous la quille. J'en fais part au capitaine et lui propose de s'arracher en vitesse. Il me répond que cela va peut être se calmer et que l'on verra bien. Ah cette satanée habitude qu'il a de toujours attendre la limite. Ca ne se calme pas du tout bien au contraire le vent monte à 30 nœuds et les vagues même si elles ne sont pas très grosses commencent à déferler. Alors là il me dit que ça serait bien d'y aller. Et c'est parti pour un tour de rodéo: le guindeau électrique qui sert à remonter l'ancre ne peut pas lutter contre les éléments, je me mets donc à la barre et au moteur pour ramener le bateau en ligne avec la chaîne d'ancre. Je vois Gérard s'agiter dans tous les sens pour me dire à tribord, à bâbord, tout droit, ralenti, à fond....

Bref il luttait de son coté car il avait envoyé toute la chaîne et du coup a failli la perdre. Pendant ce temps je regardais le sondeur et nous avons atteint 0.4m. Tout cela se passait je vous le rappelle sous des trombes d'eau avec un vent qui vous transperce si vous avez oublié de bien vous couvrir. Ce qui était le cas car j'ai oeuvré dans la précipitation. Finalement on s'en est sorti et avons rejoint le port d'Aligant à fond les ballons avec un mouchoir de poche à l'avant en guise de voile. Ce qui est agréable avec Gérard c'est que dans ces grosses galères il sait développer un sens de l'humour et une décontraction qui permet d'évacuer tout le stress.

Voilà aujourd'hui on est au port et nous nous reposons un peu avant de continuer demain. Il ne reste normalement plus que une semaine, une semaine et demi de nav pour rejoindre Gibraltar et ensuite traverser direct en 6 7 jours pour les Canaries.


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mardi 16 octobre 2007

Pas de nouvelles, bonnes nouvelles....

Salut à tous,

Le moteur marche. Nous avons pu le tester au cours de la semaine qui vient de s´écouler et après quelques petits réglages tout va pour le mieux. Nous ne prenons plus un gramme d´eau, ce qui n´était pas le cas même avant l´avarie moteur, et c´est plutôt rassurant.

Nous avons donc décollé de Blanes jeudi dernier et depuis c´est l´usine à milles. Nous nous levons le matin vers 8h et naviguons toute la journée jusqu´à environ 22h pour rattraper le retard engrangé. Les escales ne nous servent qu´à nous reposer et nous ne voyons rien des différents endroits où nous nous arrêtons. Il n´y a aucun regrets là dedans, sauf peut être pour Barcelone, car les côtes longées sont peu attractives. Ce n'est qu´un long enchaînement de station balnéaires bétonnées ou d´industries en tout genre. Ce ne sont donc pas les meilleurs conditions pour naviguer mais je me concentre donc sur d´autres choses comme la bonne marche du bateau, l'écriture, la lecture, la cuisine...
J'ai hâte de refaire une traversée afin de perdre la terre de vue et reconnaître cet état de solitude extrême que je recherche tant...

Sinon l'ambiance à bord est plutôt bonne même si certains détails provoquent chez moi quelques agacements: le capitaine malgré toutes ses qualités reste têtu comme une bourrique et est capable souvent d'une mauvaise foi à toute épreuve. De plus il ne participe que très peu à la vie à bord excepté pour la cuisine (qu'il fait très bien d'ailleurs). Mais la vaisselle, les courses et tout cela il ne connaît pas. Enfin cela fait aussi partie de la vie à bord d'un bateau et des leçons de cohabitation qu'il faut en tirer, surtout que je ne suis pas objectif dans cette aventure et qu'il doit y avoir certains aspects de ma personnalité qui doivent également les agacer. Je fais donc preuve de patience et me raisonne en pensant que l'ambiance doit être sauvegardée à tout prix afin que nous arrivions aux Canaries dans les meilleures conditions. De plus la solitude et les longs dialogues silencieux avec la mer et moi même m'offre un formidable refuge.

Aujourd'hui nous sommes à Castellone, à 30 miles au nord de valence et attendons demain soir que la météo soit meilleure afin de traverser vers Ibiza, environ 80-90 miles, soit 20h de navigation. Pour l'instant des orages sont prévus et se retrouver dessous en mer est tout sauf amusant donc prudence et patience. Je vais donc profiter de ces deux jours pour parfaire mon espagnol et tenter de faire une ou deux interview car depuis Marseille je n'en ai faite aucune de part les désagréments que nous avons rencontrés.

Ben



mercredi 10 octobre 2007

Ola tutti!

Ola tutti!

Ca y est ! Je sais, ce ne sont que trois mots, mais ça faisait une semaine que j'attendais de vous les envoyer, nous avons réparé le moteur !

A 4 heures de l'après midi en ce jour béni de mercredi 10 octobre, après avoir galéré pendant une semaine, la douce mélodie du tof tof de notre moteur diesel s'est enfin faite entendre, digne de Mozart au niveau de l'émotion suscitée. Ce soir c'est champagne, cigares et petits fours.

Pour l'anecdote nous avons tout d'abord démonté le moteur en entier, le hisser dans la cuisine avec le palan de l'écoute de grand voile (environ 200kg le bazar), puis j'ai failli pendre le capitaine en haut du mât, enfin la pièce dont nous avions besoin se trouvais à Fréjus (ville du départ) j'ai donc été la chercher en 48 h ce week end, et pour finir nous bossons sur le moteur depuis lundi comme des acharnés pour enfin arriver à un résultat qui semble concluant.

Demain nous devrions reprendre la mer si la météo le permet, pour l'instant il pleut comme vache qui pisse, et le ciel a organisé un grand feu d'artifice d'éclair pour fêter l'évènement. Les nouvelles devraient donc être plus poétiques les prochaines fois à moins que le moteur ne nous refasse des blagues. Priez pour moi ! Cependant ce soir, vous avez du le comprendre, je suis heureux! Ah le pouvoir de la frustration!

Un marin qui en a marre de la mer d'huile.
Ben.