Salut à tous,
Ca y est, c'est fait, je suis de l'autre côté de l'Atlantique, à St-Martin.
Le voyage a été difficile mais je suis heureux d'avoir vécu cette expérience. Pour les chiffres, cela représente 2200 milles (environ 4000 kilomètres) en 17 jours.
La difficulté d'une telle traversée n'est pas forcément technique mais humaine. En effet, moi qui ai quelques difficultés à négocier avec les gens, il a fallu que je fasse preuve d'une patience à toute épreuve avec les deux lascars avec lesquels j'ai embarqué. Le capitaine ne foutait pas grand-chose (une vaisselle et trois repas sur 17 jours de mer c'est peu), son pote, si on l'écoute est le meilleur marin de tous les temps et moi au milieu je n'avais pas grand- chose à dire. Voilà.
Sinon, nous avons donc décollé de Mindelo le lundi 7 janvier 2008 après avoir passé 3 jours à nous occuper du moteur. Vingt minutes après avoir quitté le port le moteur nous lâche. On se consulte et finalement prenons la décision d'y aller et de compter sur les alizés qui normalement sont installés à cette époque.
Le départ se fait un peu difficilement car San Antao, la dernière île du Cap-Vert à passer avant l'Atlantique, crée un système de vent un peu particulier. Après environ 10 heures de manœuvre nous rentrons dans les alizés pour ne plus en sortir jusqu'à la fin du voyage.
Les premiers jours se passent tranquillement mais je commence à observer quelques détails qui me prennent la tête. Je fais tout le temps la vaisselle sinon elle pourrit littéralement et à chaque fois que j'émets une suggestion sur la navigation, on me prend systématiquement pour un con. Pas de problème, je me contente de prendre la place que l'on me laisse et observe tout en n'en pensant pas moins. Cependant, la pression monte lorsque le capitaine ne me permet pas de charger mes batteries pour mes caméras et me menace physiquement et me dit qu'il n'hésitera pas à les balancer par-dessus bord si je fais chier.
Ok, je respire, réfléchis et tente de faire des images avec le peu de batterie qu'il me reste. Je rappelle que nous sommes au milieu de l'Atlantique et qu'ici plus qu'ailleurs la loi du plus fort est plus que jamais la meilleure et que je ne peux quitter le navire.
Quelques jours plus tard alors que nous barrions 24 sur 24 pour recharger les batteries, je me lève et trouve le capitaine endormi sur le pont et le pilote allumé. Là, je m'énerve en disant que cela fait 4 jours que tout le monde fait des efforts pour avoir un minimum d'énergie et comme réponse, je reçois une patate dans la gueule. La négociation va être compliquée.
Le lendemain nous discutons un peu et l'ambiance se détend. Il me permet même de charger mes batteries. Ensuite, le reste du voyage s'est à peu près bien passé, excepté les remarques du grand marin Jean No. Par exemple, un soir alors que nous avions pris l'apéro et que tout le monde était un peu pété, je prends la barre et sens tout de suite qu'il y a un problème, elle ne répond presque plus. J'en fais la remarque et soumets l'idée que nous avons perdu un bout de safran. Impossible déclare tout de suite Jean No et il me donne un cours de barre. J'adore être écouté. Je prends donc mon mal en patience et prends la technique du "ouais-ouais". Je continue à barrer et demain lorsqu'il prendra la barre il verra bien.
Le lendemain, il admet qu'il y a peut-être un problème et après vérification, il manque la moitié du safran. Pas un mot d'excuse ou rien. Tant pis, de toute manière, je n'attendais rien.
Sur les manœuvres cela peut s'avérer dangereux car par exemple lorsque les grains arrivent et que le vent monte brutalement, il discutait toujours mes décisions. Résultat, une nuit, nous nous sommes retrouvés en travers de vagues de 3 ou 4 mètres avec bien 40 nœuds de vent et un bateau incontrôlable, tout ça parce qu'il estimait que ce n'était pas la peine de prendre des ris alors que 2 minutes avant il dormait.
Mais bon, ce n'est pas mon bateau et il faut s'adapter à tous les équipages.
Enfin, pour finir, je n'ai pas pu faire les images que je voulais car les lascars ne se sont pas trop prêtés au jeu, mais je me suis adapté à la situation et ai quand même pu faire un travail intéressant, je l'espère.
Voilà, je sors de ces trois semaines vidé, mais heureux d'avoir su dépasser toutes ces épreuves tout en ayant pu accomplir mon travail et rentré dans mes objectifs. Et même, malgré toutes les difficultés que les lascars m'ont mises sur ma route, je les trouve, malgré tout attachants et pense que la transat amène à une exagération de tous les sentiments, ce qui conduit à des situations extrêmes. Je dis cela, car aujourd'hui, à terre, les données ont changé et la cohabitation est beaucoup plus simple. En tout cas, je remercie David de m'avoir permis de vivre cette aventure et de traverser sur son bateau. Voilà en gros pour le côté humain de la traversée.
Côté technique, c'est assez simple, il suffit de régler son bateau au largue sur tribord amure et de se laisser glisser jusqu'à l'autre côté en jetant un œil de temps en temps pour voir si un grain n'arrive pas. Si c'est le cas, il faut impérativement réduire car le vent peut grimper très rapidement et doubler d'intensité. La seule contrainte technique d'une telle traversée est de préparer son bateau au maximum et être prêt à s'adapter à toutes les casses possibles.
Donc bilan de la transat : 1 safran cassé, 2 barres de flèches fêlées, 5 heures de rushs, 1 patate dans la gueule, moult conseils inutiles sur la navigation, moult "ouais- ouais".....
Voilà, actuellement je suis à St-Martin et compte bouger rapidement direction le Mexique, il faut que je m'organise pour renvoyer mes affaires de taf en France et je sens que cela va me coûter cher.
Je vous tiens au courant et vous embrasse fort.
A plus.
Ben.
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Ca y est, c'est fait, je suis de l'autre côté de l'Atlantique, à St-Martin.
Le voyage a été difficile mais je suis heureux d'avoir vécu cette expérience. Pour les chiffres, cela représente 2200 milles (environ 4000 kilomètres) en 17 jours.
La difficulté d'une telle traversée n'est pas forcément technique mais humaine. En effet, moi qui ai quelques difficultés à négocier avec les gens, il a fallu que je fasse preuve d'une patience à toute épreuve avec les deux lascars avec lesquels j'ai embarqué. Le capitaine ne foutait pas grand-chose (une vaisselle et trois repas sur 17 jours de mer c'est peu), son pote, si on l'écoute est le meilleur marin de tous les temps et moi au milieu je n'avais pas grand- chose à dire. Voilà.
Sinon, nous avons donc décollé de Mindelo le lundi 7 janvier 2008 après avoir passé 3 jours à nous occuper du moteur. Vingt minutes après avoir quitté le port le moteur nous lâche. On se consulte et finalement prenons la décision d'y aller et de compter sur les alizés qui normalement sont installés à cette époque.
Le départ se fait un peu difficilement car San Antao, la dernière île du Cap-Vert à passer avant l'Atlantique, crée un système de vent un peu particulier. Après environ 10 heures de manœuvre nous rentrons dans les alizés pour ne plus en sortir jusqu'à la fin du voyage.
Les premiers jours se passent tranquillement mais je commence à observer quelques détails qui me prennent la tête. Je fais tout le temps la vaisselle sinon elle pourrit littéralement et à chaque fois que j'émets une suggestion sur la navigation, on me prend systématiquement pour un con. Pas de problème, je me contente de prendre la place que l'on me laisse et observe tout en n'en pensant pas moins. Cependant, la pression monte lorsque le capitaine ne me permet pas de charger mes batteries pour mes caméras et me menace physiquement et me dit qu'il n'hésitera pas à les balancer par-dessus bord si je fais chier.
Ok, je respire, réfléchis et tente de faire des images avec le peu de batterie qu'il me reste. Je rappelle que nous sommes au milieu de l'Atlantique et qu'ici plus qu'ailleurs la loi du plus fort est plus que jamais la meilleure et que je ne peux quitter le navire.
Quelques jours plus tard alors que nous barrions 24 sur 24 pour recharger les batteries, je me lève et trouve le capitaine endormi sur le pont et le pilote allumé. Là, je m'énerve en disant que cela fait 4 jours que tout le monde fait des efforts pour avoir un minimum d'énergie et comme réponse, je reçois une patate dans la gueule. La négociation va être compliquée.
Le lendemain nous discutons un peu et l'ambiance se détend. Il me permet même de charger mes batteries. Ensuite, le reste du voyage s'est à peu près bien passé, excepté les remarques du grand marin Jean No. Par exemple, un soir alors que nous avions pris l'apéro et que tout le monde était un peu pété, je prends la barre et sens tout de suite qu'il y a un problème, elle ne répond presque plus. J'en fais la remarque et soumets l'idée que nous avons perdu un bout de safran. Impossible déclare tout de suite Jean No et il me donne un cours de barre. J'adore être écouté. Je prends donc mon mal en patience et prends la technique du "ouais-ouais". Je continue à barrer et demain lorsqu'il prendra la barre il verra bien.
Le lendemain, il admet qu'il y a peut-être un problème et après vérification, il manque la moitié du safran. Pas un mot d'excuse ou rien. Tant pis, de toute manière, je n'attendais rien.
Sur les manœuvres cela peut s'avérer dangereux car par exemple lorsque les grains arrivent et que le vent monte brutalement, il discutait toujours mes décisions. Résultat, une nuit, nous nous sommes retrouvés en travers de vagues de 3 ou 4 mètres avec bien 40 nœuds de vent et un bateau incontrôlable, tout ça parce qu'il estimait que ce n'était pas la peine de prendre des ris alors que 2 minutes avant il dormait.
Mais bon, ce n'est pas mon bateau et il faut s'adapter à tous les équipages.
Enfin, pour finir, je n'ai pas pu faire les images que je voulais car les lascars ne se sont pas trop prêtés au jeu, mais je me suis adapté à la situation et ai quand même pu faire un travail intéressant, je l'espère.
Voilà, je sors de ces trois semaines vidé, mais heureux d'avoir su dépasser toutes ces épreuves tout en ayant pu accomplir mon travail et rentré dans mes objectifs. Et même, malgré toutes les difficultés que les lascars m'ont mises sur ma route, je les trouve, malgré tout attachants et pense que la transat amène à une exagération de tous les sentiments, ce qui conduit à des situations extrêmes. Je dis cela, car aujourd'hui, à terre, les données ont changé et la cohabitation est beaucoup plus simple. En tout cas, je remercie David de m'avoir permis de vivre cette aventure et de traverser sur son bateau. Voilà en gros pour le côté humain de la traversée.
Côté technique, c'est assez simple, il suffit de régler son bateau au largue sur tribord amure et de se laisser glisser jusqu'à l'autre côté en jetant un œil de temps en temps pour voir si un grain n'arrive pas. Si c'est le cas, il faut impérativement réduire car le vent peut grimper très rapidement et doubler d'intensité. La seule contrainte technique d'une telle traversée est de préparer son bateau au maximum et être prêt à s'adapter à toutes les casses possibles.
Donc bilan de la transat : 1 safran cassé, 2 barres de flèches fêlées, 5 heures de rushs, 1 patate dans la gueule, moult conseils inutiles sur la navigation, moult "ouais- ouais".....
Voilà, actuellement je suis à St-Martin et compte bouger rapidement direction le Mexique, il faut que je m'organise pour renvoyer mes affaires de taf en France et je sens que cela va me coûter cher.
Je vous tiens au courant et vous embrasse fort.
A plus.
Ben.
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